Une histoire de couleurs...

Les portraits ont été pour les Tudor, comme pour de nombreux auteurs détenteurs du pouvoir, un moyen d'être reconnus et rapidement identifiés...aujourd'hui on parlerait de personal branding à leur sujet ! Chacun d'entre eux s'est créé son image, timidement pour Henry VII, de façon éclatante pour tous les autres, chacun à sa façon: le luxe pour Henry VIII, l'austérité pour Marie Ière, l'éclat pour Elizabeth Ière.


Quand j'ai commencé à m'interroger sur la façon de les caractériser, une évidence m'est sauté aux yeux: chacun avait son propre code de couleurs. Parmi les couleurs à la mode à l'époque, rouge, or, blanc, marron, chacun a fait son assortiment et s'y est tenu, les deux reines en particulier. De simples associations de tissus colorés permettent donc de se représenter facilement chacun des souverains.

Henry VII est le fondateur de la dynastie. Son image est redevable aux portraits de la Renaissance italienne, et paraît être faite d'une superposition: à la base, une tenue sombre à l'espagnole, qui était à la mode depuis le début du XVIe siècle parmi les élites européennes. Et par-dessus, les insignes de la puissance: le riche manteau doré doublé de fourrure, le collier de l'ordre de la Toison d'Or, et la fameuse rose rouge et blanche, symbole du lien entre les maison York et Lancaster et du terme de la Guerre des Deux Roses

Henry VIII veut qu'on le reconnaisse, il engage une opération de production à la chaîne de ses portraits, qui doivent figurer dans tous les châteaux, tous les sièges du pouvoir: "If you see me, you know me". Multipliée, copiée sur des copies de copies, son portrait finit par devenir une image stéréotypée et reconnaissable par tous. Ses couleurs ? le noir, l'or et le blanc qui se mettent en valeur les uns les autres. Noter par exemple comment les bas blanc moulent les gambettes du monsieur, et mettent en évidence la jarretière de l'Ordre du même nom...




Pour Marie, il y a l'avant et l'après...l'accession au trône. Elle commence par être Lady Marie, la princesse, reconnue, reniée, reconnue à nouveau, prête à marier, finalement non, qui attend de connaître son sort et rumine sa vengeance....


Avant: la princesse et de rouge et d'or vêtue, une allure de contes de fées


Après: une fois reine, la plupart de ses portraits la montrent vêtue de façon extrêmement sobre, voire austère, ce qui n'empêche pas une démonstration de luxe et de pouvoir: l'uniformité des couleurs de sa tenue permettent au spectateur de se concentrer sur les éléments signifiants de son portrait: la rose Tudor qu'elle tient dans la main pour signifier qu'elle fait effectivement partie de la lignée, et les gants dans l'autre main, qui nous disent que cette femme a pris le pouvoir habituellement dévolu aux hommes




Elizabeth est la reine blanc et or ! Une constante dans ses portraits, tous plus luxueux les uns que les autres. Elle se construit une image d'héroïne, presque de déesse, à la jeunesse éternelle et au visage impassible. 







Ses prétendants l'ont bien compris, qui pour lui plaire lui envoient des portraits d'eux arborant ses couleurs, comme ici le duc d'Alençon


De la sobriété au luxe, de l'austérité à l'ostentation, chacun de ces souverains s'est servi de son image pour témoigner de sa personnalité et de son exercice du pouvoir.

On laisse le mot de la fin à Elizabeth:


"If you know not me, you know nobody"